Gestion de fortune : où se crée réellement la valeur ?

Lorsque l’on choisit un gérant de fortune, doit-on le faire uniquement au regard de sa performance ? La question est légitime. Mais elle demeure incomplète. Car si la performance est facile à mesurer, elle ne dit pas, à elle seule, où se crée réellement la valeur. En effet, le rôle d’un gestionnaire ne doit pas se limiter à rechercher du rendement. Il consiste avant tout à prendre les bonnes décisions, au bon moment, pour les bonnes raisons.

Gérer avec discipline

Les études en finance comportementale l’ont largement démontré : les plus grandes erreurs d’investissement ne proviennent pas toujours des marchés, mais le plus souvent des réactions émotionnelles que leurs fluctuations provoquent. L’euphorie pousse à acheter trop tard. La crainte incite à vendre au mauvais moment. La valeur d’un gestionnaire réside alors dans sa capacité à apporter de la méthode là où les émotions prennent parfois le dessus. Une stratégie claire, appliquée avec constance, crée souvent davantage de performance qu’une succession de décisions opportunistes.

Savoir renoncer

Dans la perception commune, un gestionnaire crée de la valeur lorsqu’il réalise une opération gagnante. Pourtant, certaines des meilleures décisions sont précisément celles qui passent inaperçues : renoncer à un investissement trop risqué, conserver une allocation malgré les turbulences ou résister à une mode de marché. La création de valeur réside autant dans ce que l’on fait que dans ce que l’on choisit de ne pas faire.

Construire une relation

Au fil du temps, la relation entre un investisseur et son gestionnaire dépasse largement le cadre des marchés financiers. Elle s’inscrit dans les projets de vie, les transmissions patrimoniales, les changements de situation familiale ou entrepreneuriale. Cette continuité permet de mieux comprendre les objectifs du client, mais aussi ses contraintes, sa sensibilité au risque et sa manière d’appréhender les cycles économiques. Autant d’éléments qui permettent de prendre des décisions plus justes et plus cohérentes dans la durée.

Aligner les intérêts

C’est dans cette perspective que le modèle des sociétés de gestion indépendantes prend tout son sens. Leur principale force ne réside pas uniquement dans leur indépendance, mais dans leur capacité à concentrer leurs décisions sur un seul intérêt : celui du client.

Il faut toutefois garder à l’esprit l’argument suivant. Si les gérants indépendants apportent une lecture des marchés et une liberté de décision, les banques privées demeurent des partenaires essentiels pour la conservation des actifs, l’infrastructure et l’exécution des opérations. La question n’est donc pas de savoir quel modèle est supérieur à l’autre, mais bien plutôt de savoir où se crée la valeur.

À nos yeux, elle naît moins de la nature ou de la taille d’une institution que de la qualité d’une relation, de la discipline d’une stratégie et de la capacité à rester fidèle aux intérêts de ses clients.

Dominique De Riaz

Managing Director
Chief Executive Officer