Le nouvel ordre mondial des BRICS 

Souvenez-vous ! En 2001, naissait sous la plume de l’économiste de Goldman Sachs Jim O’Neill un nouveau concept pour parler des pays émergents dont la croissance devait à terme venir chatouiller l’hégémonie des économies avancées du G7. Formé à l’origine par le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine – puis rejoint en 2011 par l’Afrique du Sud –, le groupe des BRICS n’a cessé depuis d’augmenter son influence tous azimuts grâce à la croissance économique , démographique, politique et militaire de ses membres. À l’aube de leur 15e sommet qui se tiendra en août 2023 à Durban, ces nouvelles puissances pèsent de plus en plus lourd dans la balance des relations internationales, au point de bousculer aujourd’hui l’ordre établi en proposant au monde une alternative au modèle occidental.

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L’Afrique : nouvelle terre d’affrontement

Depuis la fin de la colonisation, lentement mais sûrement, un constat s’impose : l’Occident se désengage de l’Afrique. Cette tendance a ouvert sur le continent des brèches de plus en plus grandes dans lesquelles s’engouffre allégrement la Chine qui investit massivement dans des ouvrages d’infrastructure comme les autoroutes et les ports, essentiels à l’acheminement des marchandises. Et ce, en dépit des préoccupations qu’on lui oppose en matière de droits de l’homme. La Russie quant à elle a su garder une influence historique sur certains pays comme l’Algérie, l’Égypte, le Maroc ou l’Afrique du Sud, mais pas uniquement. Son empreinte va au-delà. Et elle profite de ses liens privilégiés pour exporter des armes, des céréales, des technologies nucléaires et des produits pétroliers dans de nombreux autres pays. Alors que le continent devrait compter 2 milliards d’individus d’ici 2050, l’importation de céréales venues de Russie s’impose également – et de plus en plus – comme prioritaire. Un levier crucial sur lequel joue le gouvernement de Moscou pour attirer dans son camp les nations dans le cadre de la crise ukrainienne.
Soulignons également que l’affirmation russe se déploie aussi sur le continent africain grâce à ses groupes paramilitaires, dont le plus célèbre, le Groupe Wagner, soutient diverses factions et gouvernements. Leur présence en Lybie, en Centrafrique et au Mali où Wagner a remplacé l’armée française stationnée dans le pays depuis plusieurs années, en est l’exemple le plus parlant.

Créer de nouveaux circuits économiques : les routes de la soie

Si la Chine s’intéresse autant à l’Afrique, c’est d’une part pour se créer de nouvelles allégeances, mais aussi pour intégrer ce continent en devenir dans son grand projet économique : les nouvelles routes de la soie. Lancée en grande pompe en 2013, cette initiative économique et politique de Pékin ne touche d’ailleurs pas que l’Afrique. Globale, elle concerne à ce jour 75 % de la population du globe, plus de 151 pays et près de 50 % du PIB mondial. Sa réalisation passe par la construction de ports, d’autoroutes, d’usines énergétiques, de gares ou encore d’aéroports, afin de faciliter le commerce entre la deuxième économie mondiale et le reste du monde. Projet grandiose s’il en est, ce programme est défendu avec ardeur par Xi Jiping, faisant de facto de la Chine le grand rival économique de l’Occident. Il est intéressant dans ce cadre de noter que l’Italie qui devait prendre part à ce programme et bénéficier d’investissements chinois a été mise sous pression par ses alliés pour se retirer du projet. On voit bien, à travers cet exemple, comment la tentation du pragmatisme fait jouer l’intérêt personnel des États contre les vieilles alliances qui se révèlent de plus en plus mouvantes.

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Concurrence des outils institutionnels

Les BRICS bousculent également les habitudes occidentales en mettant en concurrence leurs propres outils avec les institutions issues des accords de Bretton Woods telles que le FMI et la Banque mondiale. À ce titre, citons la création en 2015 de la New Development Bank (NDB), une banque établie par les BRICS pour les BRICS. Les pays membres de cet organisme financier jugent en effet le FMI trop partial et intrusif lorsque des prêts sont en jeu. Ils craignent également que les plus gros contributeurs comme les États-Unis ne s’immiscent dans leur politique intérieure pour faire passer telle ou telle réforme. Selon certaines sources, des discussions seraient même en cours pour agréger de nouveaux États à leur projet. Parmi les pays pressentis figurent notamment l’Afghanistan, l’Algérie, l’Arabie Saoudite, l’Argentine, l’Égypte, l’Indonésie, le Kazakhstan, le Nicaragua, le Nigéria et le Sénégal.

Le modèle occidental en question ?

Bien plus qu’une union économique, le groupe des BRICS a lui aussi ses vues sur l’ordre mondial. Passablement échaudés par les interventions « unilatéralistes » des États-Unis et de l’OTAN au Moyen-Orient et ailleurs, ces États militent pour plus de multilatéralisme. Au niveau diplomatique, la Chine semble par ailleurs imposer sa politique extérieure de manière plus agressive. L’empire du Milieu s’impose ainsi en réel rival de l’unilatéralisme actuel. Il pousse même certains pays à s’éloigner des positions et des pressions du grand frère américain. Dans ce sens, le rapprochement diplomatique entre l’Arabie Saoudite et l’Iran orchestré par Pékin a été certainement ressenti comme un camouflet à la Maison Blanche.

On le voit, les équilibres mondiaux changent. Les puissances, longtemps endormies, semblent désormais se réveiller et cherchent à prendre la place qu’il leur revient. Nous constatons aussi que la globalisation, qui devait amener paix et stabilité dans le monde, est en train de se gripper. La pandémie de COVID-19 y est évidemment pour quelque chose puisqu’elle aura révélé de nombreuses failles dans nos dépendances, notamment celles liées aux circuits des chaines d’approvisionnement.

Alors que les anciennes puissances cherchent envers et contre tout à garder la mainmise sur leurs privilèges, les puissances en devenir cherchent quant à elles à gagner du terrain. Dans ce contexte tendu, allons-nous basculer vers une confrontation plus ouverte encore ? Bien malin qui pourrait le dire. Une chose est sûre toutefois, la question mérite d’être posée… et la réponse rapidement trouvée.

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Quel avenir pour l’investissement responsable ?

En signant en 2015 les Accords de Paris, 196 pays – dont la Suisse – se sont engagés à réduire de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Cet engagement entérine la volonté de ces derniers de diriger les flux financiers vers un développement plus durable, faiblement carboné, tout en renforçant la capacité d’adaptation des entreprises et des États face aux défis du réchauffement climatique.